Treriksröset

PARIS – ROVANIEMI

Ce voyage commence par un réveil à 4h du matin un samedi d’octobre, afin de prendre la route de l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle en direction d’Helsinki. Depuis les vitres de l’aéroport encore vide, nous apercevons les lumières qui clignotent sur le tarmac. Vivre un peu avant le jour donne aux grands départs des saveurs irréelles et pleines de promesses.

Après avoir pris place à bord de la navette, nous embarquons dans un petit avion de la compagnie Finnair, où un steward aux allures de chanteur de Metallica nous sert du jus de myrtille, apparemment boisson nationale en Finlande. Arrivés à Helsinki, c’est la course pour faire notre correspondance en direction de Rovaniemi, sur les conseils avisés de notre steward métalleux nous arrivons à temps dans notre deuxième avion, plus petit encore que le premier. Un jus de myrtille plus tard, nous arrivons dans la ville du cercle polaire arctique, point le plus au nord que nous n’ayons jusqu’alors jamais atteint.

Pas le temps de se poser, nous apercevons un minibus qui part du petit aéroport de Rovaniemi, il suffit de donner une adresse et le chauffeur s’adapte, après la tournée des hôtels du plutôt triste centre-ville, il ne reste plus que nous à déposer en périphérie dans des quartiers résidentiels plus agréables. Nous rejoignons Ali, qui nous accueille pour la nuit grâce au site couchsurfing.com, site d’hébergement gratuit chez des particuliers et qui s’étend jusque dans les coins les plus reculés du globe.

SUR LES ROUTES LAPONES ET RENCONTRE DU TROISIÈME TYPE

Le lendemain, nous marchons jusqu’à la gare afin de récupérer la voiture que nous avions réservée chez Scandia Rent avant notre de départ. Un jeune homme nous fait signer quelques papiers puis nous passe les clés d’une petite Twingo d’un vif bleu californien, étonnante pour une virée polaire, mais équipée de pneus cloutés tout de même. Juste ce qu’il faut pour se lancer sur les routes lapones en direction du village de Kilpisjärvi, au nord-ouest du pays.

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Notre petit véhicule, fort agréable à conduire

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Petit point pour ceux qui souhaiteraient louer une voiture à Rovaniemi, lorsqu’on la réserve en avance sur un site de type Europcar (ou pour faire dans le local Scandia Rent), c’est à la gare qu’on prend le plus souvent rendez vous pour la récupérer. Nous nous attendions à trouver un petit stand de la marque mais la gare s’est avérée aussi vide qu’un désert avec seulement un téléphone relié à Europcar à disposition, de quoi se sentir bête. En terrain inconnu, les évidences peuvent parfois nous échapper, Il faut simplement attendre l’arrivée de l’agent qui vient du centre ville et ne pas s’inquiéter s’il n’y a d’abord personne à trois kilomètres à la ronde…

Après une halte pour acheter de l’eau et du chocolat aux myrtilles de chez Fazer – LA marque de chocolat finlandaise – c’est bien équipés que nous nous élançons à travers les étendues polaires faites de sapins et de bouleaux, aux routes droites comme dans un road-trip américain, et régulièrement traversées par un animal aussi étrange que bête : le renne. La vitesse est pour cette raison le plus souvent limitée à 80 km/h, et avec l’aide des appels de phares des voitures que nous croisons, nous apprenons à les repérer en bordure de route, voire sur la route, et à ralentir en temps voulu. Le renne ne se méfie pas des voitures, sa réaction ne sera jamais celle que vous attendez, et les 4000 rennes tués par année annoncés par notre guide ne nous paraissent alors plus si invraisemblable. En effet, il est sur la route, il vous voit arriver, mais pas apeuré du tout il avance en zigzagant devant vous, feintant de sortir de la route et en revenant aussitôt. Il paraît même qu’en été ils sont un peu saouls, car ils mangent des fruits fermentés.

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Les rennes sur les routes lapones sont de véritables dangers pour les automobilistes.

Plus nous avançons, plus les arbres s’espacent, ne restent que des bouleaux de plus en plus petits et de plus en plus pelés. Le soir approchant, la lumière rasante est de plus en plus belle, et conduire sur une route inconnue aux accents nordiques tels que nous n’en avions jamais vu jusqu’alors est proche de nous rendre euphoriques.

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« Le soir approchant, la lumière rasante est de plus en plus belle… »

AVANT QUE LA NUIT NE TOMBE

Seul point à régler, à partir de 15h, la nuit va commencer à tomber. Kilpisjärvi étant à quelques kilomètres de la frontière norvégienne, nous avions l’intention de récupérer à la douane les clés d’une cabane à 11km de randonnée du village et y passer la nuit. Mais une incertitude restait sur les mails que nous avions envoyés, nous n’étions pas bien sûr qu’ils aient été pris en compte. Cela ne loupe pas, la réservation n’ayant effectivement pas fonctionnée et l’intimidante gardienne des clés n’ayant pas souhaité nous les passer malgré tout, nous nous replions sur l’Artic Polar, qui à cette saison ne croule pas sous les réservations. Nous nous installons donc dans un petit appartement/chalet en bois très douillet où l’incontournable sauna nous tend les bras à peine arrivés. Et après quelques courses au supermarché du coin, nous dégusterons quelques mets locaux : la bière lapone Lapin Kulta, du salami au renne (porosalami pour les intimes), et du hareng mariné qui sans être mauvais nous laisse un peu plus septiques.

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La bière lapone Lapin Kulta, accompagnée de son salami au renne

ARTIC POLAR : A 70 euros la nuit (divisés en deux, ça ne revient pas très cher), nous avons un petit studio/chalet au confort parfait, l’endroit est chaleureux, avec cuisine équipée, sauna accolé à la salle de bain, et chambre à l’étage. Le propriétaire est non seulement sympathique, mais ne ronchonne pas à revenir de chez lui, nous ouvrir la porte lorsqu’on se retrouve coincé dehors à 21h sous des températures négatives juste en dessous de zéro. Certes l’anecdote elle-même nous a bien fait rire, mais cela nous aura également servi pour nos futures envies de cabanes dans la nature avec personne pour venir à la rescousse : en Finlande les portes se verrouillent automatiquement de l’extérieur!

LA BIÈRE EN FINLANDE : Pour les amateurs, nous avons appris qu’en Finlande la bière est sujette à un système de classification chiffré de I à IV, dont le prix est évidemment proportionnel et surtout le degré d’alcool. La catégorie I est une bière avec très peu d’alcool et par la même occasion assez peu de goût, la II n’existe plus aujourd’hui, la III (dont fait partie la Lapin Kulta) est l’équivalent de nos bières standards type Heineken ou Kronenbourg, tandis que la catégorie IV est un cran au dessus et bien sûr plus forte. Les catégories I et III se trouvent en grande surface tandis que la IV ne se trouve que dans  les magasins Alko. Vous ne trouverez de l’alcool fort que dans les Alko, car se sont des magasins d’états qui permettent ainsi la réglementation de la vente d’alcool.

Järvi signifiant lac en finnois, le village se trouve au bord de l’eau et le Mont Saana, montagne sacrée du peuple Sami nous surveille de sa masse rassurante. En Laponie, les villages reculés sont souvent équipés d’un supermarché, d’une pompe à essence et la connexion 3G voire wifi n’est jamais trop loin. Pas forcément de quoi se sentir loin de tout, pourtant la sensation de bout du monde est tout de même là, surtout que nous arrivons entre les deux saisons touristiques que sont l’été et l’hiver, et que nous ne croisons pas tellement de monde. Un frémissement gris/vert dans le ciel nocturne nous laissera également penser avoir vue une légère aurore boréale, mais pour avoir douté un moment avant de s’en convaincre, nous nous disons qu’il faudra bien revenir pour du plus spectaculaire.

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Sur les bords du lac de Kilpisjärvi, sous le Mont Saana.

KUOHKIMAJÄRVI

Le troisième jour, notre mission est simple, réussir à contacter la bonne personne pour réserver pour le soir même la cabane nommée Kuohkimajärvi, que nous visions déjà la veille. Pour ce faire nous sommes passés par le site nationalparks.fi. Il permet de localiser une « cabin » qui vous intéresse dans toute la Finlande et de joindre une personne de la réserve naturelle correspondante, qui vous dira où récupérer les clés et vous enverra un bon pour prouver votre réservation. A presque chaque lieu que vous choisirez, il y aura deux types de cabanes à disposition : une gratuite ouverte à tous et accessible sans clé, et une payante où  la clé est nécessaire.

Après des échanges téléphoniques efficaces avec une très sympathique dame de la réserve, elle nous envoie la facture à télécharger depuis nos mails pour prouver notre bonne foi à la douane et récupérer les clés. Pour payer elle nous fait confiance et nous lui ferons un virement à notre retour. L’intimidante madame de la douane est toujours là, mais cette fois-ci, ça marche, on est bon pour l’aventure. Nous partons nous garer au départ de la randonnée, un parking que nous avions repéré en amont entre Kilpisjärvi et la frontière, où nous laissons l’inutile et nous entamons les 11km de randonnée avec le minimum syndical dans nos sacs à dos. A cette saison sans neige, la randonnée jusqu’aux cabanes est très bien indiquée par des balises orange sur des piquets plantés dans le sol. Le chemin oscille entre longues planches de bois surplombant des zones humides, et un sol gorgé d’eau dépourvu de ces dernières où l’eau ruisselle le long du chemin qui a tendance à se prendre pour le lit d’une rivière. Nous avons d’ailleurs du traverser deux rivières, dont une un peu plus périlleuse avec les gros sacs à dos qui nous déséquilibrent sur les rochers mouillés. Tout ceci confère une ambiance particulière, où nous évoluons dans un paysage magnifique, alternant entre forêt de petit bouleau et toundra.

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Il nous faudra trois heures avec pause repas, pour atteindre les cabanes. Il faut longer la frontière norvégienne marquée par un grillage sur le dernier kilomètre, puis elles sont là, face au lac, n’attendant que nous. Nous installons nos affaires dans la cabane payante, indiquée par le mot varaustupa (la gratuite se traduisant autiotupa).
Après inspection des lieux, nous découvrons les subtiles nuances entre cabane gratuite et cabane payante. La gratuite s’avère non équipée en terme de matelas et literie, mais avec des espaces conçus pour que les randonneurs puissent dormir avec leur propre matériel ; il y a un poêle pour se réchauffer, du bois, et même une kitchenette au gaz pour faire la cuisine.

La payante a comme principale différence d’être équipée pour dormir (même si nous avions nos duvets), et dans notre cas, elle s’est avérée également un peu plus spacieuse et chaleureuse que la version autiotupa. Elle ne coute que 11 euros par nuit par personne et vu l’équipement et le confort, c’est donné ! Dans la mesure où il y a une dizaine de lits dans la cabane, d’autres personnes peuvent réserver en même temps que vous, mais cela dépend également de la période ; nous arrivions après la grosse saison de randonnée, nous étions seuls. Pour les commodités, nous découvrons des toilettes sèches dans un bâtiment à part, il faudra prévoir la lampe torche et le petit pull s’il s’agit d’y aller au milieu de la nuit. Une plus grosse réserve de bois avec hache et une scie à disposition se trouve à côté des toilettes. Si notre guide nous indique qu’il est bien venu de recouper du bois avant de partir, nos talents de bûcherons ne se relèveront pas assez convaincants pour y parvenir, cela dit il y a beaucoup de bois d’avance. Autre rituel des cabanes dans la nature, on trouve dans les placards de la nourriture laissée par les anciens occupants, nous nous en servirons un peu et laisserons quelque chose de notre stock avant de partir.
Pour ce qui est de l’eau, nous avions prévu des bouteilles mais dès qu’il s’agit de faire bouillir de l’eau pour le thé ou les pâtes, c’est à l’eau de la rivière que nous fonctionnons : un seau est d’ailleurs prévu à cet effet. Pour information, l’eau est régulièrement testée par les gens travaillant sur la réserve.
Autre différence entre les deux cabanes, la payante est équipée en vaisselle et outils de cuisine, nous avons un bac pour laver nos ustensiles à l’eau de la rivière toujours, et nous avions emmené nos sacs poubelles pour ce qui est des déchets, à jeter en revenant en ville.
Pas d’électricité mais une quantité suffisante de bougies pour continuer s’activer après la nuit tombée (entre 15 et 16h pour nous en octobre) mais cela permet tout de même de se caler sur un rythme de vie différent.

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Kuohkimajärvi -La cabane payante (Varaustupa)

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Une fois installation et inspection des lieux achevées, nous nous posons un peu et admirons les alentours. Personne à l’horizon, seulement nous et nos rêves de lointain, les rois d’un lieu sublime et apaisant.

TRERIKSRÖSET

Il nous reste encore un peu de lumière du jour et un point crucial de notre venue en ces lieux à explorer. Nous ne sommes pas là par hasard, notre cabane se trouve à cinq minutes d’un lieu intriguant : le Cairn des trois royaumes, connu sous le nom norvégien de Treriksröset. C’est un gros cairn en béton jaune au milieu de l’eau marquant le point exact de la frontière entre trois pays, la Finlande, la Norvège et la Suède ;  c’est d’ailleurs le point le plus septentrional de la Suède. Pour ne rien gâcher, le paysage qui l’entoure est exceptionnel : lacs et toundra tout autour, montagnes norvégiennes à l’horizon.
Nous y passons un certain temps, à retourner les lieux sous l’impulsion de nos déclencheurs d’appareils photo, à essayer de comprendre dans quel pays nous nous trouvons, à essayer de comprendre ce qui fait la frontière d’un pays ; point d’orgue du travail photographique de Florian, comment montrer de manière sensible la matérialité ou l’immatérialité de la frontière. Et dans ce type d’endroit, elle revêt un aspect surprenant. On peut se rendre d’un pays à l’autre tantôt en traversant un vague grillage entre la Norvège et la Finlande, tantôt c’est seulement un mince filet d’eau qui fait office de limite entre la Suède et la Finlande. Ici le paysage est supérieur aux états et la notion de Laponie est peut-être la seule qui vaille, si ce n’est ces quelques traces de fer ou de béton, déposées par les hommes.

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Frontière finno-norvégienne
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Passage et rubans samis dans la frontière finno-norvégienne

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Frontière finno-suédoise, à l’arrière plan la Norvège.

Lorsque la nuit tombe, nous retournons à la cabane et nous nous occupons à la lueur des bougies, lisant chacun notre tour à voix haute un roman de voyage : Aux Frontières de l’Europe de Paolo Rumiz, emmené dans nos bagages, remplissant nos carnets d’impressions et nos têtes d’images. Après le repas, retour au cairn à la frontale en chantonnant à travers l’obscurité, puis, installés sur le ponton de bois, nous  espérons une aurore boréale qui ne se présentera pas. Peu importe, il y a, bien loin de la lumière des villes, de quoi se laisser absorber tout entier par un ciel étoilé à se pâmer.

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Quand le poêle chauffe la cabane… Nous avions peur d’avoir froid au petit jour…

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DIRECTION HETTA

Nous partons en fin de matinée du troisième jour récupérer notre petite Twingo au parking ,après une randonnée plus efficace qu’à l’aller pour reprendre la route en direction de la ville d’Hetta, appartenant à la commune d’Enontekiö. En Finlande, les communes sont énormes, et Arles, la plus grande commune de France, est dérisoire à côté de ces immensités.

Après plus de 200km de voiture, nous arrivons à la tombée de la nuit au Ounasloma Luxury Cottages, où nous avions réservé un chalet (l’endroit est un camping, composé de chalets et d’emplacements de tentes), où pour la somme très correcte de 50 euros la nuit nous dormons dans l’endroit le plus luxueux que nous ayons eu jusqu’alors. C’est un peu le studio de l’Artic Polar mais au format maison, avec vestibule, et bien sûr toujours accolé à la salle de bain l’inévitable sauna dont nous sommes devenus de très grands fans, une grande cuisine et un salon avec deux couchages, à l’étage une mezzanine donnant sur le salon se composant de deux autres lits deux places et d’un petit balcon. L’endroit est très agréable et chaleureux comme souvent dans les chalets, mais la cabane lapone de nos jours précédents reste inégalée avec son poêle chaud et sa douceur toute particulière.

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Visite au cottage
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En sortant du sauna

De la visite de Hetta/Enontekiö il n’y a que peu de chose à retenir, on sent que c’est plus grand que Kilpisjarvï et que c’est surtout un point de départ pour les activités de plein air, pas tant pour la randonnée que le jet ski sur les lacs en été et le moto-neige et ski de fond en hiver, activités qui ne sont donc pas particulièrement de saison ni dans nos envies de voyage. Par contre, lors de notre détour au supermarché (où nous découvrons qu’acheter du renne en steak et non en salami, ça n’est pas vraiment donné), nous découvrons notre premier Alko, les fameux magasins d’alcool. C’est l’occasion pour nous de découvrir ou du moins avérer l’amour des finlandais pour la vodka. Mais notre désir d’immersion, n’en est pas à ce stade, et nous décidons de continuer notre découverte de la ville par le musée de la culture Sami, peuple autochtone lapon, réparti entre le nord de la Suède, de la Norvège et de la Finlande. Le bâtiment n’a rien de particulier, mais la visite est gratuite et les explications complètes autour du mode de vie des Samis et leur relation à la nature, avec exposition de vêtements, de tentes ou encore de traineaux, d’armes de chasses, etc. De plus, lors de nos randonnées le long de la frontière norvégienne, nous avions découvert des lambeaux de tissus colorés accrochés aux grillages, ce sera l’occasion pour nous d’apprendre qu’ils servent à marquer le territoire des Samis.

La ville d’Hetta nous ayant dès midi donnée à peu près tout ce qu’il était possible d’y voir, nous nous rendons l’après midi à la frontière norvégienne la plus proche, 40 kilomètres plus au Nord, par la route qui rend au Cap Nord. A priori, il n’y aurait sûrement que peu à y voir, mais nous y arrivons à une heure où le soleil perce à travers le brouillard et une atmosphère humide pare les lieux d’une ambiance particulièrement photogénique. La plaque marquant la frontière et indiquant Norge fait son petit effet, puisqu’elle est recouverte des autocollants des voyageurs déjà passés par ce point.

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DO NOT CROSS THE BORDER

La journée suivante est peu particulière puisque nous avons décidé de rentrer à Rovaniemi par la route la moins directe possible, à savoir traverser la Finlande d’ouest en est afin d’aller tâter la frontière russe, puis repartir un peu vers l’est pour retrouver la ville du père noël, qui se situe au milieu de la carte.
Nous avons pu avérer l’efficacité des pneus à clous puisque c’est seulement après 30 minutes de conduite que Florian a manqué de tomber par terre au moment de sortir de la voiture pour aller visiter le premier arbre venu. La route était verglacée et en conduisant il ne s’en était même pas rendu compte.

La route est longue, grise d’un point de vue météo  et, il faut bien le dire, monotone. Les routes droites ça fait beau dans les films, à vivre, passé quelques 400km ça commence à être redondant. Nous en venons à espérer quelques rennes pour pimenter le tout. Les villages sont distants de centaines de kilomètres chacun.
D’un coup, au milieu de la Taïga, une voiture en travers de la route, un homme devant nous fait signe de nous arrêter. Pendant un temps nous nous sommes cru dans un mauvais film justement, imaginant le guet-apens, avec une horde de barbares sortant le couteau entre les dents de derrière les arbres…trêve de divagations. C’était un jeune suédois dont le joint de culasse de son véhicule venait de lâcher. Nous l’avons aidé à pousser sa voiture sur la route verglacée pour la stationner sur le bas côté. Il a appelé un ami pour venir le récupérer, nous n’avions pas de croisé de voitures depuis 50 kilomètres et au moins autant après l’avoir quitté. Nous avons donc laissé ce jeune suédois complètement seul au milieu de nulle part, mais cela ne semblait pas lui poser de problème, il paraissait bien plus habitué que nous. Effectivement, ici mieux vaut faire preuve de patience et ne pas être pressé quand la dépanneuse peut mettre plus de deux heures à venir. Et encore, il ne faisait ni nuit, ni blanc de neige. Notre Twingo neuve nous rassurait sur ce point.
En cas de soucis pas d’inquiétude, comme toujours, le réseau est d’excellente qualité au fin fond des bois et il y a des bases d’hélicoptères un peu partout pour ce qui est des urgences.

Nous continuons ainsi longtemps, et c’est sous la pluie que nous arrivons à portée non pas de la frontière russe mais de la pré-frontière, située sur le sol finlandais et qui vraisemblablement ne doit pas être franchie ! Bon, le guide du routard nous l’avait dit, mais c’est étrange à constater par soi-même. Nous longeons une forêt avec des pancartes jaunes sur chaque arbre en lisière nous invitant à ne pas traverser sans laissez-passer spécifique au personnel forestier et de rares locaux.
Nous nous garons en amont d’un poste frontalier semblant à l’abandon, et marchons jusqu’à une barrière à l’orée du bois, accolé un panneau au graphisme soviétique, indiquant avec une énorme main rouge qu’il est interdit d’aller plus loin vers la frontière. Sur un second panneau, il est inscrit que nous pourrions ainsi tomber sur des gardes armés et des chiens. L’épaisseur de ce rideau formant la pré-frontière varie entre 1 à 3 kilomètres. Cette frontière de l’Europe et de l’espace Schengen, une des plus hermétiques de par son inaccessibilité et son invisibilité nous renvoie quelque chose de tout à fait infranchissable, alors qu’au fond nous ne connaissons pas sa substance. Ainsi, même si nous ne voyons personne depuis la barrière, nous restons sagement de ce côté. Nous prenons quelques photos et repartons vers Rovaniemi où nous devons déposer la voiture à 18h à la gare. C’est en repartant que nous avons aperçu une caméra thermique juste au dessus de nos têtes.

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Pré-frontière finno-russe, interdiction formelle de dépasser « la ligne jaune »
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Pré-frontière finno-russe

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Bien évidemment, nous arrivons à destination à 19h30, mais comme il s’agit seulement de mettre les clés dans la boîte située à la gare, peu importe. Comme c’est la première fois que nous louons une voiture, le dilemme est plutôt de savoir s’il est demandé par le contrat que la voiture soit nettoyée avant d’être rendue, et vu nos pérégrinations des derniers jours la Twingo bleue tire beaucoup sur le marron.
Le prix des stations de lavage nous ayant refroidi, nous la « lavons » avec les moyens du bord dans le noir, mais personne ne nous réclamera jamais de l’avoir mal lavé.

RETOUR

Derniers jus de myrtille à bord des avions Finnair, et accompagnés d’un groupe de supporters tonitruants, nous retournons à Paris après l’escale à Helsinki.

Restent en mémoire des paysages magnifiques, parés de lumière souvent crépusculaires dans une saison où le soleil passe tout le long de la journée à l’horizon.
Si les villes et villages ne sont pas en eux-mêmes particulièrement beaux, ils participent à une ambiance, un état d’esprit nordique pas si loin du fantasme que nous en avions, et sont toujours cernés par une nature spécifique, qui se transforme sous des lumières automnales.

Le Treriksröset est à voir, où plutôt à vivre, comme expérience de frontières reculées, et découvrir ses environs sans savoir dans quel pays l’on se trouve.
Les cabanes dans la nature, ici où ailleurs en Laponie, doivent posséder la même quiétude et proposer une expérience de la nature différente de nos habitudes, hors du quotidien, soumis à une temporalité bien particulière.
Ce voyage nous aura ouvert des horizons s’étendant plus loin au nord, vers la Norvège, mais il correspond surtout à une ambiance bien particulière de l’automne lapon.
Sachant tout de même qu’à quelques semaines près, nous avons manqué le phénomène appelé « ruska » lors duquel, durant une semaine ou deux en septembre, les végétaux prennent des couleurs rouges et orange, faisant ainsi flamboyer la nature lapone.

Voici quelques liens que nous avons utilisés pour préparer notre voyage :

retkikartta.fi site finlandais, précis pour ce qui est des randonnées et cabanes.
nationalparks.fr site pour préparer ses randonnées dans les réserves naturelles finlandaises, localiser les cabanes et faire les réservations.
arcticpolar.net hébergement à Kilpisjärvi
ounasloma.com chalets et camping à Hetta / Enontekiö
couchsurfing.com site pour trouver des particuliers qui souhaitent héberger, partout dans le monde, dans notre cas Ali à Rovaniemi. Il accepte des hôtes pratiquement tout le temps bien qu’il ne fut pas une excellente expérience de couchsurfing pour nous. Il faut s’inscrire pour pouvoir en profiter, et l’on peut également décider d’être celui qui accueille, ce qui est notre cas à Arles.

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