4160 kilomètres. Cap au nord en autostop. Orange, couleur de l’espoir.

stockholm-timra

Stockholm était la dernière ville majeure de notre voyage vers le Cap Nord. Nous entrons désormais dans une zone de flou sur la façon dont va se dérouler le stop. Plus nous allons nous diriger vers le nord, moins la densité d’habitants au kilomètre carré sera élevée, mais peut-être que les gens seront davantage solidaires, de ce fait justement.
Sur ce premier jour post-Stockholm, une longue journée de dix heures et demi, nous avons été pris par quatre véhicules seulement, et pour des distances assez courtes puisque nous n’avons parcouru dans ce temps que 390km. Cela n’augurait rien de rassurant.

Après avoir patienté une demi-heure à la sortie de Stockholm, c’est tout d’abord un indien qui nous emmène quatre-vingt kilomètres plus au nord, jusqu’à Uppsala. Puis, nous rencontrons notre seul suédois du jour, un homme travaillant dans le social, sur l’insertion des étrangers, notamment. Il nous a déposé, après deux heures de route, sur une aire d’autoroute assez importante avec un nombre élevé de véhicules, de quoi nous mettre en confiance après un petit repas.
Nous avons, ensuite, été embarqué par deux types à l’air louche. Les deux hommes avaient la cinquantaine et une apparence vestimentaire débraillée, le conducteur était d’Afrique noire francophone mais nous avions du mal à comprendre son accent et ses phrases mélangées d’anglais et de suédois en plus du français. Son passager, suédois, était particulièrement angoissant, peut-être était-ce du à un délit de sale-gueule de notre part ou bien à cause des histoires tordues qu’il nous racontait avec des auto-stoppeuses et des couteaux. Peut-être avait-il eu des mauvaises expériences avec des auto-stoppeurs et était-il stressé. Quoi qu’il en soit, l’ambiance était glauque et pour couronner le tout, nous traversions des bois, complètement isolés dans une voiture poubelle, avec quelques outils dans le coffre. Bref, de quoi écrire le scénario du prochain film d’horreur.
Il faut cependant faire fi des aprioris et du jugement au faciès, car ils ne nous ont causé aucun tort et nous ont même bien aidé.

Ils nous ont déposés à proximité de l’autoroute, dans une station service perdue au milieu de nulle part. Nous commencions à sentir que nous nous enfoncions dans la Taïga suédoise, nous étions constamment entourés d’arbres, et de plus en plus isolés.
Nous devons notre salut, après une heure et quart, à un couple turco-polonais. Enfin, nous le devons surtout au conducteur turc qui a accepté de nous prendre dans sa voiture ce qui ne semblait pas tellement être du goût de sa copine, qui nous le bien faisait sentir.
Elle était du genre superficiel, et ne prêtait aucune attention à nous. Son siège était reculé à fond, et bien que, avec nos deux sacs sur nos genoux écrasés contre son siège, elle ne semblait pas prête à nous concéder le moindre centimètre. Nous sentions bien que nous la dérangions. Cela dit, nous avons fait fi de ce petit tracas car nous étions content d’avoir fini par trouver une voiture, et de surcroît une voiture allant assez loin sur notre route. Je précise qu’à partir de Stockholm nous n’avions plus absolument à atteindre d’objectif à la fin de nos journées de stop. En effet, nous pouvions aisément pratiquer le bivouac, puisque nous étions désormais hors des agglomérations et dans un pays ouvert à cette pratique.

Nous n’avions pas d’objectifs imposés mais nous avions tout de même le désir, comme pour nous motiver, d’atteindre la ville d’Umeå (se prononce approximativement Umio ), située au milieu du pays, le long du golfe de Botnie : la mer séparant la Suède et la Finlande. Nous avions repéré cette ville au départ de Stockholm et nous étions ravi puisque, malgré nos genoux broyés, nous avions trouvé une voiture qui allait jusqu’à Umeå. Cela nous garantissait un trajet de 640km, et la Suède à parcourir en deux jours.

Nous roulions bon train, en discutant sympathiquement avec notre ami turc du moment, tandis que sa copine polonaise, qui ne nous adressait pas la parole, ne cessait de lui chercher des noises. Alors, il agissait comme si elle n’était pas importante pour lui ; il semblait la négliger un peu. Ce n’était pas la meilleure ambiance mais encore une fois nous étions content d’avancer.

Ils firent une première halte sur la route pour céder à ce qui semblait être un énième caprice de madame. En effet, pendant qu’elle se rendait dans la boutique, le conducteur nous expliquait qu’ils venaient de faire un aller-retour de Umeå à Stockholm pour assouvir un besoin de festoyer de son amie. Il était excédé par son comportement et en son absence redoubla de mots peu tendres à son encontre.
Nous reprîmes la route et sans comprendre pourquoi, d’un coup, prétextant une visite à un ami ils nous ont laissé à l’entrée de Sundsvall à mi-parcours. Une entrée et sortie d’autoroute très peu fréquentée et située dans une zone peu habitée.
Lui a-t-elle fait comprendre qu’on devait descendre ? Lui a-t-elle envoyé un message depuis la station essence pour lui dire de nous déposer avant ? Car venant de sa part à lui, l’action nous a paru sortir de nulle part. Cela n’avait aucun sens. En une fraction de seconde, il nous a dit devoir nous laisser, est sorti de l’autoroute, nous a fait sortir comme des criminels recherchés, et a redémarré aussi sec. Cette fugacité, ce passage du coq à l’âne en un temps aussi brutalement court, nous a laissé bête.

Après un temps d’attente assez long et une attente décuplée par l’absence de voitures, nous avons fini par regarder une carte et par nous rendre compte qu’à l’opposé de la ville se trouvait un autre accès à l’autoroute plus propice au stop, mais bien trop loin pour nous y rendre à pied. Nous avons également vu que la ville disposait d’une gare, ce qui a commencé à faire tourner nos têtes fatiguées.
Nous étions tout deux moroses, voire blasés de ce revirement de situation.
Nous nous voyions même dormir là, sous le pont. Ce mauvais coup nous a démoralisé et une grande fatigue cumulée à un début de flemme a commencé à  nous envahir. C’était le contre-coup. Nous pensions arriver à Umeå sans encombres, nous n’étions qu’à mi-parcours et la fin de journée approchait rapidement. En deux heures de temps, une seule voiture s’est arrêtée, avant qu’un second conducteur, de nouveau un indien, nous emmène pour quelques petits kilomètres, vingt minutes maximum nous a-t-il dit.
Nous n’étions plus à l’entrée de la zone industrielle de Sundvall, c’était déjà ça, mais nous étions toujours dans un endroit très peu passant. Il était dix-neuf heure, nous n’avions plus tellement le moral et l’espoir de dépasser Umeå, situé encore à deux-cent kilomètres.

Nous nous sommes retrouvés dans le centre ville de Timrå, quinze kilomètres au nord de Sundsvall, car nous n’avions pas su dire, au moment opportun que nous souhaitions descendre du véhicule. Nous étions dépité de la tournure de cette journée. Nous étions au milieu d’une zone résidentielle d’une petite ville suédoise, à un kilomètre de l’autoroute, en bas d’une longue descente. Après avoir pris le temps de retrouver nos esprits, nous avons pris la décision de remonter à pied jusqu’à l’autoroute, tout en repérant des forêts où nous pourrions planter notre tente. Voilà notre état d’esprit. Il faisait encore bien jour, mais le peu de voitures passant par là, nous firent prendre conscience qu’il était déjà tard.
Nous avons posé nos sacs au dessus de l’autoroute, à côté d’un grand rond-point agrémenté de bouleaux, de rochers et de résineux, nous aurions même pu y planter la tente ! De notre côté de la route se trouvait également un petit bois où nous pourrions faire de même. La motivation n’est pas tellement revenue, ou plutôt est vite repartie car personne ne passait par là, et le peu de gens qui passaient ne s’arrêtaient pas pour nous emmener ! Il y avait tout de même dans l’atmosphère du soir et de cette végétation nordique, associée à la mer non loin, une atmosphère apaisante. Nous n’avions pas besoin de nous faire de mauvais sang, nous avions encore pleins de journées devant nous, et pouvions aisément remettre cette difficulté en jeu le lendemain.
Finalement, une voiture finit par s’arrêter, là encore des gens d’origine étrangère soucieux de nous tirer d’un mauvais pas. Nous les avons vu arriver, nous dépasser, nous regarder, puis ralentir. Nous y avons cru, puis ils ont ré-accéléré. Nous nous sommes dit tant-pis. En fait, ils faisaient le tour du rond-point pour s’arrêter à notre hauteur. À bord de la voiture, deux musulmans en habits religieux, peut-être même un imam et son fils. Ils ne parlaient pas anglais, et c’était difficile de leur faire comprendre notre souhait de nous diriger vers Umeå en auto-stop. Ils pensaient que nous étions en difficulté, essayant de nous expliquer des choses que nous ne comprenions pas et eux ne semblaient pas saisir notre souhait non plus. Assez rapidement, ils ont appelé, une personne qui semblait être le second fils et frère de ces messieurs, qui lui parlait anglais. Après lui avoir dit trois-quatre phrases en arabe, ils nous ont passé le téléphone. Il nous a alors expliqué comment prendre le bus et le train situé dans le centre ville d’où nous venions ! Nous l’avons remercié, et décliné sa proposition, en lui expliquant notre projet, puis repassé le téléphone à son frère pour lui faire la traduction en arabe. Les deux occupants de la voiture semblaient déterminés à nous expliquer une seconde, puis une troisième fois, tantôt avec le téléphone, tantôt avec les mains, comment prendre les transports en commun, de peur que nous ne puissions repartir de cet endroit. De notre côté, nous insistions pour expliquer notre projet d’attendre ici une voiture qui finirait bien par arriver. Ils ne comprenaient pas du tout notre démarche et désiraient vraiment nous aider à sortir de là, par le moyen qui leur semblait le plus logique. Après un certain temps, nous les avons remercié et avons retendu le pouce. Cela nous a un peu remonté le moral de voir que des gens sont bons et sont prêt à nous aider, l’intention était bonne !

Finalement, après une demie-heure et quatre ou cinq voitures passant devant nous sans s’arrêter, je suis allé jeter un œil dans le bois pour trouver un emplacement pour planter la tente un peu plus loin de l’autoroute. Nous avons alors aperçu juste en contre-bas, un camping au bord d’un lac, il semblait que le bois leur appartenait. Nous avons donc hésité à mettre notre tente à l’écart mais non loin de la route, puis nous sommes finalement allé frapper à la porte du mobile-home de l’accueil du camping.
Nous remettrons donc la difficulté au lendemain.
Nous avons croisé un grand nombre de voitures suédoises avec de la place à leur bord pour nous accueillir. Décevant et rageant ce passage en Suède. Heureusement que les étrangers et les gens qui ne vivent pas dans l’opulence  sont plus avenants que les suédois aisés.

Après cette journée psychologiquement difficile, nous commençons à douter un peu, mais espérons toujours arriver au Cap Nord, en autostop.

Nous nous installons au camping, entre l’autoroute et la voie ferrée, mais situé tout de même autour d’un petit lac au milieu d’arbres, où nous dégustons quelques délicieux mets déshydratés. Assis dans l’herbe, les yeux dans l’eau dans la lumière du soir, nous sommes de nouveau apaisés.

Vers vingt-deux heures, un combi Volkswagen s’est installé tout proche, juste derrière notre tente, d’où il me semblait les entendre parler anglais. Dans un demi sommeil, au travers de la moustiquaire, il m’a semblé lire sur sa plaque que le van était immatriculé à Zurich, en Suisse. Épuisés, c’est sur cette dernière image, d’un van orange, que nous nous sommes endormis.

 

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