4160 kilomètres. Cap au nord en autostop.Napapiiri

timra-juoksenkiC’est après une nuit peu reposante entrecoupée par le passages des trains de nuit et le bruit de fond de l’autoroute toute proche, que nous nous sommes réveillés au bord de l’eau. Le cadre était toujours aussi beau dans la lumière du matin, et surtout le van orange était toujours là. Nous craignons de nous réveiller après leur départ, ce qui nous a valu à tous les deux un sommeil agité.

Aujourd’hui aucune destination spécifique n’était à atteindre, mais nous avions un objectif ce matin, nous le savions, c’était de demander aux occupants du van orange de nous emmener avec eux, au risque de se retrouver coincés au dessus de cette autoroute, là où personne ne passe.
Après un rapide coup d’œil et sans même leur demander, il semblait impossible pour eux de nous conduire ailleurs. Et pour cause : ils ne disposaient que d’un seul siège de libre, l’arrière du véhicule étant complètement aménagé pour dormir.Voilà le moment où nous avons commencé à grandement tergiverser. Pourtant, il ne faut jamais penser à la place des gens, et nous avions tout à y gagner à leur demander de l’aide.

Tels de véritables enfants, tout le petit déjeuner prit à deux pas d’eux, fut rythmé par des « vas-y toi », « non j’ose pas », « de toute façon c’est cuit ». Ils n’allaient pas nous manger, ça c’est sûr et ils semblaient même plutôt gentil ! Mais quand ça ne veut pas, …
Après la journée difficile de la veille, et notre petite tentative de poursuivre plus au nord, nous avons tout de même conscience de notre situation mal embarquée et de l’importance de solliciter leur aide.Tout ceci nous a mis dans une situation cocasse, où, nous étions tous deux souriants envers eux, leur faisant de grands bonjours de la main. Mais nous étions rongés par notre bêtise et notre timidité. C’est tout de même un paradoxe, une fois arrivée là, au milieu de la taïga suédoise, de se retrouver paralysé par de pareils enfantillages.

Un peu plus tard, je croisais le gars sur le chemin des douches, c’était une bonne occasion, lui et moi, seul à seul, il aurait fallu au pire respirer un bon coup et se lancer. Mais non, je fis un grand sourire, sans ne savoir s’il fallait dire hallo ou hello, puis j’ai baissé la tête et tracé mon chemin. Je me suis senti con. Nous nous saluons comme des gens qui savent qu’ils sont liés par quelque chose. Et cette chose c’est ce goût du voyage, voyage en Laponie, voyage itinérant, voyage vers le bout de la route. Eux, que nous imaginions Suisse, et nous français, nous voguons portés par les mêmes fantasmes, mais nous étions incapable de leur demander un simple service. « Bonjour, pourriez vous, s’il-vous-plait, nous déposer à la prochaine station essence. » Pas plus, pas moins. Ce n’est tout de même pas compliqué.
Au passage, la douche nécessitait une pièce de monnaie pour obtenir l’eau chaude. Pas de pièces suédoises dans notre porte poche, pas d’eau chaude. C’est aussi simple que cela, et ce fut notre première douche froide du voyage, mais loin d’être ni la dernière, ni la plus glaciale. Cela réveille, mais vraisemblablement ne remet pas assez les idées en place, car en sortant de la douche, tel un signe du destin, nous nous sommes recroisés, mais rebelote, un sourire-con.

Certainement que s’ils avaient eu de la place dans leur voiture nous aurions nettement moins hésité, voire pas du tout. Mais le jeu en valait vraiment la chandelle, et alors que nous replions notre tente et refaisions nos sacs, ils rangeaient dans le même temps leurs affaires. Nous étions sur le même rythme en plus, mais là, ils allaient partir, et sans nous ! Comme une évidence, à ce moment-ci, nous esquissions que le but de leur voyage pourrait bien être le même que le notre. Quel dommage qu’ils n’aient pas de places assises pour nous, cela aurait été réglé jusqu’au bout.
Après un dernier jeu de passe-passe entre Margot et moi, et alors que la fille, avec qui nous avions échangé également pas mal de sourires, était seule, Margot prit son courage à deux mains, et lui demanda la phrase magique. À savoir, s’ils pouvaient nous dépanner en nous avançant un peu. Elle pouvait seulement lui répondre que ce n’était pas sa voiture et qu’il n’y avait que trois places, ce que nous savions déjà. Elle précisait qu’elle était américaine, de L.A. nous a-t-elle dit, mais que nous devrions attendre le retour de son ami, qui lui était bien Suisse.

Après une courte hésitation, le conducteur était d’accord pour nous déposer à la prochaine station-essence, pour nous sortir de ce mauvais pas, mais il était désolé de ne pas pouvoir nous emmener plus loin, pour des raisons de sécurité. C’est alors que nous avons embarqué à bord du combi Volkswagen orange, et que les présentations furent faites avec Aaron et Terry.
Nous nous sommes tous les deux installés sur le lit. À cause de ma grande taille, j’étais plié en deux, car ma tête touchait le plafond du van, mais cela n’avait aucune importance pour si peu de kilomètres, surtout après tant de tergiversations.

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Le Van orange était un ancien véhicule de société racheté par Aaron et aménagé à sa manière. Il avait, après avoir isolé le combi du froid, réalisé un branchement électrique constitué de LED et qui courrait, au plafond, tout autour du lit. Il avait, outre un film pour opacifier les fenêtres arrière, rajouté une moustiquaire avec fermeture éclair sur la porte du coffre et la porte latérale. En Laponie, l’été est envahi de micro-mouches et d’innombrables moustiques voraces qui rentrent partout. Pour nous protéger, nous avions investi dans deux moustiquaires portatives à mettre sur le visage. Mais fort heureusement, ils n’ont été d’aucune utilité. Je me serai mal vu avec un grillage sur la tête sur le bord de la route. Qui aurait voulu nous prendre en stop dans ces conditions ?
La moustiquaire dans le Van était donc bien vue ! Quant aux films opacifiant ils nous ont permis de ne pas trop être vu par les autres automobilistes, mais ils nous ont hélas empêché de réussir quelques belles photos.Le lit était classiquement monté sur un châssis en bois et assez haut donc, permettant de ranger tout le nécessaire et les bagages sous le lit. Aaron avait pensé à tout, il avait installé un contenant de vingt litres d’eau avec un filtre purificateur. Cela leur permettait d’être autonome en eau pendant longtemps, tout en pouvant le recharger dans des rivières au besoin. De notre côté nous avions avec nous des pastilles à mettre dans l’eau et à laisser agir pour la rendre potable.

Quant à nos conducteurs, Terry était avocate à Los Angeles et venait en vacances pour un voyage itinérant en Scandinavie avec son ami suisse rencontré un an auparavant lors d’un voyage en bateau au Svalbard. Un des rêves de Margot. Nous étions fait pour nous entendre ! Aaron l’avait récupéré en chemin à l’aéroport d’Oslo, pour mettre cap, effectivement comme nous, le plus au nord possible. Cela a confirmé nos suppositions mais de le savoir n’a rien changé à notre situation.

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Enfin, arrive rapidement la première station essence, que Terry et Aaron ont jugé trop petite et trop peu passante, et sans même avoir freiné, après un rapide échange, ils ont décidé de nous emmener à la prochaine. Il va de soi que cela nous allait à ravir ! D’autant plus que la dite station se trouvait à plus de cent kilomètres du camping. Nous étions enchanté d’être parti aussi vite et aussi loin de nos déboires de la veille. Je crois que nous nous en serions voulu si Margot n’avait pas osé demander à Terry in extremis de nous sortir de ce bourbier.
Ils nous ont déposé à la station-essence, nous nous sommes dit au revoir, et j’ai tenté une boutade see you tomorrow at the north cape. C’était tout simplement impossible d’aller en un jour en autostop jusqu’au Cap Nord, enfin à moins d’avoir un van orange à disposition jusqu’au bout de la route.

À peine le temps d’attendre et la deuxième voiture passant par là s’est arrêtée et nous a emmené plus au nord. Enfin, un homme d’origine suédoise, dans une belle Volvo, la marque nationale ! Dan venait de Göteborg et allait rendre visite à sa mère, un peu avant Umeå, pas très loin donc. Je crois qu’il se sentait seul dans sa voiture, en tout cas, il avait très envie de parler avec nous. Quarante-cinq minutes d’un quasi monologue plus tard, Dan nous a déposé devant un grand supermarché où trônait à l’entrée du parking un van orange immatriculé en Suisse… Avant de nous dire au revoir, il tenait à prendre une photographie de ces deux jeunes auto-stoppeurs devant sa voiture. Il nous a demandé d’avoir le parfait équipement, nous avons donc, à sa demande, mis nos sacs sur le dos et notre pancarte Umeå devant nous. C’était assez marrant et en même temps assez surprenant, tels des bêtes de foire que l’on prend en photo pour leur originalité. Je crois qu’il voulait nous présenter à sa mère…

Il est allé au supermarché, nous aussi, nous avons salué Terry et Aaron avec un « are you going to the north cape ? ». Cette phrase semblait tellement ironique après nos hésitations du matin. Nous avons pris une de ces fameuses salades composées par nos soins, que nous avons découvert à Stockholm, et que nous avons mangé sur le bord de la route. Et, à peine cinq minutes après avoir terminé notre repas, avant même le départ du van orange, un érythréen qui travaillait dans un restaurant d’Umeå nous emmena sur quelques kilomètres jusqu’à l’entrée de la ville. C’était un endroit très passant, qui de surcroît était situé à la sortie d’un Ikea, que dis-je, DU Ikea ! Car Umeå est la ville du premier magasin Ikea. Le problème était que nous étions en amont de la ville, donc le flot de véhicule allait majoritairement à Umeå et personne ne s’arrêtait en nous voyant. Cela a duré plus d’une heure. Heureusement, une bonne étoile veillait sur nous. En effet, au bout d’un moment, un van orange que nous vîmes arriver de loin ralenti et s’arrêta devant notre pouce tendu, dans un grand sourire général. À vrai dire, nous n’étions pas du tout inquiet, car son savions que Terry et Aaron finiraient par passer par ici.

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Toute la journée fut donc passée en compagnie d’Aaron et de Terry, alternant position assise et allongée sur le lit à l’arrière du van. Précautionneux, à une station essence, ils se sont soucié de savoir si nous préférions descendre pour chercher une autre voiture où nous serions plus en sécurité ou rester avec eux. Pas besoin de réfléchir ! Ils allaient au Cap-Nord, ils étaient très sympa ! Nous nous inquiétions seulement de croiser la police, pour ne pas que ces bons samaritains se retrouvent verbalisés par notre faute. Eux étaient plutôt attentif à notre sécurité, car il va de soi que nous n’étions pas attachés.

Aaron et Terry nous ont déposé à Haparanda, un kilomètre avant le pont sur la rivière Torne marquant la frontière entre la Suède et la Finlande. Il était convenu qu’ils allaient jusqu’à Tornio pour repérer la frontière et revenaient nous chercher si la voie était libre. Et évidement, elle l’était, le pont était désert. En les voyant arriver nous avons retendu un pouce complice, c’était l’occasion de franches rigolades. En traversant la rivière, le fuseau horaire qui l’accompagnait fut franchi dans le même temps. Il était désormais vingt-trois heures en Finlande et nous devions trouver un camping pour passer la nuit.
Après une première halte au bout d’une piste boueuse, entre les bouleaux le long de la rivière, dans ce qui relevait davantage du camp de pêcheur que du camping à touristes, nous avons repris la route à la recherche d’un vrai camping, avec des sanitaires dignes de ce nom.

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En route, nous avons dépassé le cercle polaire arctique et son monument, où nous avons fait une halte pour faire quelques photos de cette première étape symbolique de notre voyage. Il était vingt-trois heures trente et nous étions dans une douce atmosphère de crépuscule.
Le cercle polaire arctique n’est pas un point fixe mais l’endroit à partir duquel au solstice d’été le soleil ne se couche plus, frôlant subtilement l’horizon sans passer derrière. Le solstice d’été était déjà un vague souvenir, dépassé depuis un mois, et à ce moment de l’année le soleil se couchait pour très peu de temps. Ce qui donnait un spectacle encore plus magnifique que le soleil de minuit que nous n’allons pas tarder à découvrir : un coucher et un lever de soleil dans un laps de temps relativement court à l’échelle de la nuit. Le soleil décline dans le ciel, le faisant rougeoyer, tout comme les nuages et la surface lice des lacs et rivières. Puis, vient le temps de l’heure bleue. Le soleil et ses reflets chauds ont disparu au profit d’un ciel d’un bleu nuit, profond, laissant s’installer une pénombre emplie d’une quiétude apaisante. Le bleu n’a pas eu le temps de se densifier suffisamment pour virer au noir, que le rouge, celui du matin, faisait déjà son apparition, avant que la boule de feu nommée soleil remonte dans le ciel et éclaire la terre pour une nouvelle journée.

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Tout naturellement, se situait non loin un camping au nom de cercle polaire arctique au bord de la rivière, dont l’accueil pour des raisons toutes aussi évidentes, est ouvert sans discontinuer, bien que cela nous a semblé inattendu. Après avoir monté notre tente à quelques mètres du van orange, nous avons enfin pris une douche chaude et englouti bien vite un bon repas avant de sombrer dans un sommeil profond. La route ça épuise.

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