4160 kilomètres. Cap au nord en autostop. Nordkapp & midnattssol

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La journée commence doucement autour d’une bouillie, enfin, une sorte de délicieux porridge à l’américaine offert par Terry, que nous dégustons sur une table à l’arrière du Van orange. Ce mélange à base de flocons d’avoine, de lait, de sirop d’érable, de noix diverses dont de la noix de coco, ainsi que de la cannelle, ressemblait à un petit-déjeuner cinq étoiles à côté de nos habituels gâteaux de petits déjeuners écrasés et sans saveur. De même, déguster notre premier repas de la journée, sur une table était tout aussi luxueux pour nous. Finalement, ce petit dej’ était à l’image de nos deux voyages. Un voyageurs en stop se doit de prendre avec lui le minimum et notamment en terme de repas, ce qui peut vite faire la différence dans nos sacs à dos. A contrario, à deux dans un utilitaire, tout ou presque est permis.

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Petit déjeuner cinq étoiles

Une fois en route, toujours avec Aaron et Terry, nous nous sommes mis en direction d’une ville que nous connaissions bien, Margot et moi : Enontekiö. Il était cocasse pour nous de traverser cette ville, puisque c’est ici, lors d’un précédent voyage, que nous avions décidé de nous lancer dans la présente aventure. Après tant de kilomètres rectilignes, perdus au milieu des forêts, se retrouver dans une ville que nous avions déjà parcouru semblait improbable. Nous avons même pu diriger Aaron vers le supermarché du coin, histoire de faire des provisions pour les jours à venir, qui assurément désormais se feraient au Cap Nord.Il nous restait seulement quatre-cent-cinquante kilomètres à parcourir, soit dix pourcent du trajet aller. Une goute d’eau dans l’océan (glacial arctique), d’autant plus que nous étions assuré de ne pas avoir à changer de véhicule. À moins de croiser la police… Car oui, nous n’étions toujours ni sur des sièges, ni attachés.

Après ces emplettes et une pause repas nous avons pris la route de la Norvège, toute proche, dernier pays à traverser, et sans descendre de la voiture cette fois-ci à la frontière. Nous connaissions déjà la route jusqu’à celle-ci, parcourue à plusieurs reprise pour un projet vidéo sur l’espace Schengen, mais là, à notre grande surprise, nous étions incapable de la reconnaître. Entre novembre, sa végétation morte, ses routes gelées et son ambiance brumeuse annonçant l’hiver proche, et juillet avec ses arbres parés de milles feuilles et un soleil de minuit, c’est la nuit et le jour. Expression bien à propos de ces lieux arctiques.

La route jusqu’au Cap est assez longue et varie progressivement. D’une taïga dense nous passons à une forêt clairsemée, puis, progressivement les arbres disparaissent pour laisser place à la toundra et ses paysages lunaires parmi lesquels se trouvent des maisons isolées et des hameaux perdus au milieu de petites montagnes. D’ailleurs, la majorité de ces habitations sont construites sur de petits pilotis, non pas à cause d’un éventuel déluge, mais bien à cause des neiges importantes de l’hiver polaire.

Enfin, nous arrivons à Alta, ville située à mi-parcours, de laquelle nous apercevons nos premiers fjords et des bras de l’océan arctique. Au début, nous avons simplement la sensation de voir la mer, de la même façon que lorsque enfants nous descendions sur la côte d’azur et qu’après une journée d’autoroute, nous voyions au loin scintiller les reflets du soleil sur les premiers flots méditerranéen. Quelle délicieuse sensation. Souvenir indélébile, qu’un adulte ne penserait pas forcément revivre.
L’émotion qui nous a saisi a été du même ordre, bien qu’à Alta, la mer était plutôt sombre, ne brillant pas de milles éclats. L’impression était dans un premier temps minime car nous étions en ville, la mer était plutôt dédiée à une industrie d’élevage et de pêche, pas franchement à la baignade. C’est alors, qu’à un moment nous prîmes conscience de ce que nous avions devant nous, nous ne cessions de nous répéter d’abord dans notre tête, puis à haute voix et à un rythme de plus en plus fort et rapproché « océan glacial arctique, océan glacial arctique, océan glacial arctique »…
Pour le moment, ce n’était que des bras de mers, mais la route nous faisait longer une côte lunaire, pendant une centaine de kilomètres, entre coupée d' »océan glacial arctique » emplis d’émotions. Là, nous commencions enfin à nous sentir aux antipodes, nous avions passé une étape, traversé la taïga pour nous retrouver de l’autre côté, loin.
Même, les rennes sur la route étaient même devenus secondaires tant nos yeux étaient aux aguets, à la recherche de baleines, dans l’océan glacial arctique. Nous n’en vîmes point mais quelques autres mammifères marins ont su nous satisfaire.

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Nous ne cessions de répéter « Océan Glacial Arctique »…
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Encore un nombre incertain de kilomètres

Nous étions tous les quatre impatients d’arriver au Cap Nord mais la route semblait bien interminable tant elle serpentait le long de la côte de » l’océan … » Cela marche aussi avec mer de Barents !
Nous passons même dans de longs tunnels tout en pentes, dont le plus grand et le dernier mesurait trois kilomètres de descente, suivi de trois kilomètres de montée, assez déconcertant, d’autant plus que la roche à nue était relativement humide et la route moyennement éclairé par des lampes aux teintes relativement chaudes.

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…de longs tunnels tout en pente…

Oui, le Cap Nord, ce bout du monde, d’un monde, n’est pas le bout de la terre, mais bel et bien sur une île. Première déconvenue pour notre projet d’aller au finisterre de l’Europe, qui était faussé par le fait que le Cap Nord était sur l’île de Magerøya. Enfin, déconvenue est un bien grand mot pour quelque chose qui est finalement bien symbolique, car le projet était bien de nous rendre au bout de la route. Mais déconvenue est bien à propos pour la suite.

Une dernière pause pour prendre en photo des raies de lumières balayant un fjord au loin, sous des nuages denses, et surtout nous émerveiller, avant de terminer sur une route tracée quasiment toute droite au milieu de rien, ni habitations, ni végétation. Nous étions dans un décors lunaire.

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Une dernière pause pour prendre en photo des raies de lumières balayant un fjord…

D’un coup, au loin nous apercevons un bâtiment et un parking qui commençaient à se dessiner, avant d’être arrêté net dans notre élan et notre enthousiasme par deux cabines plantées là, au milieu de rien, au milieu de la route. Nous ne sommes pas les seuls et faisons un peu la queue. Quand vint notre tour, la jeune femme dans ce qui semble être un péage, demande à Aaron combien nous sommes dans la voiture. Nous payons un droit d’entrée que je perçois comme du racket : une trentaine d’euros par personne pour accéder au parking et aux infrastructures. Nous aurions pu peut-être y échapper en finissant à pied, mais Terry et Aaron nous avaient tellement aidé pendant deux jours que l’idée ne nous a même pas traversé l’esprit. Quoi qu’il en soit c’était cher payé pour voir une péninsule et la mer. D’autant plus que le billet était limité à vingt-quatre heures et devait être apposé sur le pare-brise du véhicule. Par chance, ils n’avaient pas prévu que nous puissions venir sans véhicule ! La pluie même nous accueille entre deux éclaircies, accompagnant notre déception.

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…ce qui semble être un péage…

La déconvenue est bien là, ce racket est lié à ce qui semble bien être une privatisation du Cap Nord. J’imagine que l’idée de base devait être un enjeu de préservation et d’entretien du site, mais il est construit tel un pôle touristique, aux allures de pompe à fric. Nous rentrons dans l’enceinte du parking écœurés. Il est vingt-et-une heure et le soleil brille de mille feux entre les nuages, mais notre joie d’être arrivé là est pulvérisée en une fraction de seconde tant la déception est immense. Déjà les touristes débarquent par centaines en autobus. Nous savions qu’il y aurait probablement un droit d’entrée mais ni qu’il soit aussi cher, ni que tout ceci aurait autant la forme d’un racket organisé pour fouler la fin du continent, pour marcher dans la nature. Voir le soleil sur la mer nous déprime presque.
Nous n’allons pas au bout du chemin fasse à la mer et au soleil, c’est le moral dans les chaussettes que nous nous trainons dans l’immense boutique de souvenirs. Nous comprenant très rapidement que Nordkapp est une marque, et même une marque qui se paye très cher. Tout, vraiment tout ce que nous pouvons imaginer, se dérive en aurore boréale, soleil de minuit, rennes ou élans, avec écrit Nordkapp ou North Cape. Ils vendent même des certificats dans diverses langues, que les clients font tamponner à la caisse. Évidemment, il n’est pas possible d’apposer le tampon dans nos carnets de route sans acheter le certificat, les ordres sont stricts, bien que nous avons essayés, au moins, avec cinq caissiers différents. Et je vous passe les prix de ce bout de papier…
Au fond, pour pouvoir assumer de faire payer aussi cher l’entrée sur le site, ou bien pour ne pas que les touristes se sentent lésés, ils ont construit un immense bâtiment en forme de soucoupe volante et de station météorologique ne contenant rien de bien intéressant. C’est-à-dire qu’outre l’immense boutique, nous pouvons payer un repas au restaurant, aller aux commodités (dépourvues de douches), envoyer des cartes postales grâce à la poste du Cap Nord, voir une animation sons et lumières reprenant les quatre saisons au Cap Nord, et un chemin de maquettes géantes retraçant l’histoire de la péninsule. Tout ceci n’est que moyennement intéressant et prend véritablement l’apparence d’une caution. Effectivement, personne ne se dit qu’il va aller au Cap Nord pour ses maquettes ou son installation sons et lumières, alors que le spectacle naturel, lui, est époustouflant.

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Il est tard, le vent glacial souffle fort, le soleil brille toujours, nous retrouvons Terry et Aaron avec qui  nous décidons, enfin, de nous rendre sur le front de mer, sous la sculpture symbole du Cap Nord, pour nous prendre en photo au milieu des touristes.

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Margot, Florian, Aaron et Terry

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Nous retournons chercher nos sacs dans le Van Orange que nous avions laissé pour cause de pluie, leur offrons un petit magnet chacun « attention élan » pour les remercier pour toute la route que nous avons abattu ensemble, avant de partir en quête d’un endroit pour planter notre tente, non pas à l’abri du vent car cela semble impossible, mais surtout à l’écart de tout ce monde et de tous ces camping-cars et autobus. La première mission sera de trouver un endroit sans caillasse, ce qui semble inexistant, mais nous finissons par trouver.

Nous montons la tente tant bien que mal tant le vent est fort, et c’est avec encore plus de mal que nous faisons bouillir l’eau servant à nous préparer une bonne tartiflette déshydratée. Le vent est glacial, et nous finissons par faire chauffer l’eau dans la tente.

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Nous finissons par faire chauffer l’eau dans la tente…

Tous les nuages ont été chassés et le soleil brille très fort au dessus de l’horizon dans une teinte proche du rouge, créant une ambiance unique, celle d’un coucher de soleil qui n’arrivera pas et qui dure, semblant sans fin. Le ciel flamboie, la mer brule, un camaïeu du orange au rouge nous envahit.
Il est minuit, nous n’avons pas vu l’heure filer à toute vitesse, à cause de la difficulté à faire chauffer l’eau. Nous ratons donc le soleil de minuit, à minuit pile. Celui là-même pour lequel tous les touristes sont venus et que l’on retrouve sous toutes les formes dans la boutique souvenir.
Minuit cinq nous décidons de nous rendre au point le plus avancé sur la mer. Nous devons traverser de part en part le bâtiment touristique, et au moment où nous allions pénétrer dans son enceinte, nous nous sommes fait envahir de touristes repartant en sens inverse, vers les bus. Il était minuit cinq, ils avaient vu le soleil de minuit à minuit pile, les bus n’attendraient pas davantage.Il y avait là des centaines de personnes, qui, tous, dans le même mouvement se sont volatilisés dans les bus. Voilà, ils ont vu le soleil de minuit, il faut vite repartir. Cela fait vraiment attraction à touristes, plus rien n’est authentique décidément ici. C’est effrayant, leur voyage manque cruellement d’âme.

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Minuit et cinq minutes
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Après minuit
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Après minuit

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Nous mangeons enfin, il y a de moins en moins de monde. Aux alentours d’une heure du matin, dix personnes maximum, nous comprises, sont encore présentes face à la mer. Il fait jour comme en soirée d’été, fin d’après-midi peut-être même.Nous sommes à présent apaisés et pouvons brièvement profiter du spectacle, de la beauté de la nature. Nous ne sommes absolument pas fatigué, probablement grâce à cette boule de feu qui nous fait face. Mais le vent, lui aussi nous faisant face, nous repousse jusque dans la tente, où nous nous faufilons en vitesse, et revêtons nos habits thermo-régulants et glissons dans nos duvets, vraisemblablement pas assez chauds. La nuit promet d’être froide et ensoleillée !

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Aux alentours d’une heure du matin le lieu est déserté des touristes
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Le vent de face nous repousse jusque dans notre tente (dans l’ombre sur la droite). Il est plus d’une heure du matin

Plus loin c’est le pôle Nord ! Nous l’avons fait, en neuf jours de stop, dont six seulement pour le trajet, avec vingt-deux voitures sur un total de quatre-mille-cent-soixante kilomètres depuis Arles. L’aventure continue, dans quelques jours nous partirons en quête d’un autre finis terrae, plus authentique !

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Plus loin c’est le pôle Nord !

 

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