4160 kilomètres. Cap au nord en autostop. Une journée à errer.

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Nuit difficile, vent très fort, mais bivouac au Cap Nord !
Nous nous réveillons vers neuf heures, après nous être probablement couché vers deux heures du matin ; avec le soleil en permanence dans le ciel, il nous était difficile d’appréhender l’heure qui avance.
Nous avions repéré sur la carte que le vrai point le plus septentrional d’Europe continentale n’était pas la péninsule touristique sur laquelle nous nous trouvions, mais une avancée dans la mer, bien plus bas en altitude et à peine plus haut en latitude. Notre idée initiale était de nous y rendre, mais cela aurait été tout à fait symbolique. Finalement, en ce matin du 20 juillet, nous n’avons été que peu motivé par cette randonnée de moins de dix kilomètres, qui, il faut bien l’avouer ne présentait quasiment que des inconvénients. Tout d’abord, il nous aurait fallu faire un petit peu de stop, pour rejoindre un des chemins partant sur la droite de la route au milieu de la steppe, ce qui ne devait être en soi pas très difficile, mais enfin nous ne devions vraiment pas être motivés. Ensuite, nous aurions dû emprunter cette sente qui descendait en pente douce jusqu’à la mer, et ne présentait aucun attrait en terme de végétation, ou de variation de chemin. Une randonnée uniforme pendant neuf kilomètres.
Il faut dire que depuis la péninsule, nous dominions le-dit chemin, et que nous avions tout loisir d’analyser depuis l’un des points de vue du Cap Nord. Surtout, marcher face à ce vent violent, digne des plus forts mistrals rhodaniens, avec nos gros sacs sur le dos aurait été réellement épuisant, ou, au moins, psychologiquement ardu. Nous aurions, symboliquement, été au point le plus au Nord de l’Europe, là où les touristes ne songent pas à se rendre. Mais vraiment, être original c’est bien, être motivé c’est mieux. Nous nous sommes tout de même demandé si nous n’allions pas regretter notre flemme, et finalement nous ne rations rien d’intéressant.

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Le vrai Cap Nord géographique

Au lieu de cette escapade qui nous aurait pris la journée, nous avons mangé notre petit déjeuner face au monument du Cap Nord, à l’abri du vent dans l’immense bâtiment, et sur la seule table n’appartenant pas à un commerce payant, et par payant nous entendons hors de prix. Nous échangeons trois mots avec des moscovites avec qui nous partageons cet espace. Nous errons ensuite jusqu’au repas du midi que nous mangerons au même endroit, à trois mètres près. Nous visitons assidument la boutique en long en large et en travers, achetons et écrivons quelques cartes postales. Pour vous donner une idée des tarifs, quatre cartes postales et quatre timbres pour la France, nous ont coûté quinze euros. C’est donc bien la boutique et ce centre qui nous reste en travers de la gorge. Travers est un mot véritablement à propos. Nous percevons ce lieu, comme quelque chose qui dévie.
Déviant, d’abord, il l’est par rapport à notre idéal de notre route qui finirait sur un rien, sur une steppe aride balayée par les vents et dominant la mer de Barents face au soleil de minuit. Déviant, ensuite, car il ne présente aucun intérêt mis à part des prix offensants qui ne se justifient justement que par son existence, mais là, l’intérêt, n’est pas celui du touriste. Bref, un pur produit capitaliste et matérialiste. J’entends par là que ce lieu nous pousse à la consommation tout autant qu’il fait tâche dans le paysage et gâche l’aspect authentique du lieu. Autant aller au Parc Astérix, c’est moins loin.
Preuve en est, ils acceptent même l’Euro. C’est tout de même ironique que la Norvège n’ait pas pour monnaie nationale l’Euro, tout en faisant parti de l’Espace Schengen, et que son point le plus au nord, lui l’accepte. J’imagine que le bureau de change le plus proche doit être sacrément loin, mais bon, il existe bien un bureau de poste dans ce bâtiment. Nous avons donc payé nos cartes en euros, quinze euros, n’est donc pas le fruit d’une conversion mais bien celui que nous avons déboursé. Petite précision de taille : ils n’acceptent que les billets, et ne rendent donc pas la monnaie. Un taux de change sacrément avantageux pour eux donc. Nous payons quelque part le service qu’ils offrent de prendre l’ Euro. À l’heure où certains veulent sortir de la zone Euro, c’est bien là une preuve que cette monnaie compte.

Triste de payer si cher, nous demandons, aux jeunes effectuant leur travail d’été dans les différentes caisses, un coup de tampon du Cap Nord sur nos carnets, qui nous est refusé par deux fois car nous n’avons pas acheté de certificats, autant dire une feuille A4 avec un joli logo et un peu de texte futile disponible dans toutes les langues ou presque. Tout n’est que business ici, c’est d’une tristesse ! Même les vendeurs et vendeuses sont tous grands, jeunes et beaux, histoire de donner une image policée, belle, donnant envie de consommer.

Pour nous changer les idées, rentabiliser les trente euros par tête payés à l’entrée et surtout nous occuper, nous allons voir un film panoramique sur le Cap Nord et ses environs. Nous nous attendons à aller voir un film documentaire de quarante-cinq minutes alors qu’en réalité nous assistons à la projection de jolies images techniques tout en traveling, grues et time-laps. C’était certes très beau et très bien réalisé, mais c’était surtout profondément niais et relevait plutôt de l’exploit technique un peu m’as-tu-vu que d’une mine d’information sur les lieux.
Nous finissons l’après-midi en zonant dans les deux boutiques et en nous promenant dans le vent glacial sur la péninsule, le vent est tellement fort qu’il nous est difficile de marcher droit et plusieurs fois nous faisons des écarts de plusieurs mètres.

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Tuer le temps nous est difficile. C’est étonnant pour nous qui sommes habitués à attendre sur le bord de la route, souvent plusieurs heures par jours qu’une voiture nous emmène plus loin où nous recommencerons. Cette attente de la route n’est pas particulièrement difficile, nous sommes même dans un esprit assez dynamique car à tout moment nous pouvons nous remettre en route. La durée n’étant pas déterminée l’attente est supportable. A contrario, l’ennui est bien plus présent quand, comme c’est le cas ce jour, nous n’avons aucun but que d’attendre le moment de nous coucher. Nous savons la durée de l’attente, nous pouvons la quantifier et ainsi sentir à quelle vitesse elle passe et le temps qu’il nous reste encore. À temps égal, il est clair que cette attente est bien moins agréable et supportable.

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Las de la boutique, déboussolés par le vent tournoyant, nous décidons de retourner dans notre tente faire une petite sieste. Cette petite tente, où nous ne pouvons tenir qu’assis, pliés en deux, sur un tel voyage devient notre Heimat, cet endroit où nous nous sentons bien, qui est notre espace familier itinérant, une sorte de bulle ou de cocon qui protège des lieux malfaisants.

Au bout d’un temps, nos amis du Van Orange, Aaron et Terry nous rendent visite afin de nous offrir des chocolats suisses. Quelle délicieuse douceur ces chocolats ! C’était une sorte de cadeau d’adieu, nous ne reverrons plus le Van Orange et ses occupants formidables désormais, même si nous avons l’espoir de les recroiser plus tard sur les îles Lofoten.
Après leur départ, un homme et leur fils, passent voir la tente, que nous avions installé bien à l’écart des camping-cars, ils étaient surpris qu’elle tienne avec tout ce vent. Nous avions néanmoins peur que notre tente s’envole en notre absence avec nos sacs à l’intérieur et qu’elle s’abîme en mer. Nous estimions cela sérieusement  plausible, au point  d’avoir hésité à la replier. C’est donc, après un énième tour dans les boutiques, que nous sommes revenu passer un long moment dans celle-ci, histoire d’y rajouter une  bonne centaine de kilogrammes.
Mis à part un élastique tenant une sardine qui nous a un peu inquiété en se rompant, nous n’avons eu aucun dégât sur notre solide petite tente.  C’était une tente tube de bivouac, donc assez basse et en forme allongée. Bien qu’elle fut malmenée elle devait avoir une prise au vent bien plus faible que celles plus hautes et arrondies. Le seul bémol c’est que ce genre de tente ne tient pas sans sardines, elle n’est pas autoportante et dans ce terrain caillouteux cela n’était pas toujours aisé d’en planter. Heureusement elle a tenu, car la suite du voyage aurait été moins drôle sans elle.

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Visiteur curieux de voir notre tente affronter le vent furieux du Cap Nord

Vous l’aurez compris, le Cap Nord s’est avéré être une déception dans notre quête d’un bout du monde. Nous fantasmions un endroit authentique dépourvu d’infrastructures. Nous ne nous attendions encore moins à un méga centre touristique, et surtout pas à payer l’entrée sur le site. Peut-être que certains voyageurs recherchent ces installations pour touristes, pour donner un cadre ou un confort à un lieu. Nous, nous étions davantage dans une quête de pureté et d’authenticité.
Nous n’avions pas trouvé ces éléments au Cap Nord, c’est pourquoi nous avons décidé de mettre le cap sur une seconde route sans issues autres que celle de l’océan à perte de vue. Elle, qui, nous l’espérons alors, soit plus authentique que celle que nous offrait le centre du Cap Nord.

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